Documentaire (Histoire/Politique) : Mustapha Kemal Atatürk : Naissance d'une république - 50'
Homme de guerre, violent et passionné, il va, auréolé de ses victoires militaires, déclencher une révolution, mettre fin au sultanat, et retailler à sa mesure l’empire hétérogène agonisant afin de consolider les bases d’un nouvel Etat dont il aura l’obsession de l’homogénéité. Le 29 octobre 1923, la Turquie est la première nation musulmane à adopter la République. C’en est fait de l’Empire ottoman qui régnait sur les Balkans et le Moyen-Orient. À 42 ans, Kemal le stratège militaire s’impose comme un redoutable tacticien politique. Dernière étape de cette révolution, après avoir supprimé le sultanat, Mustapha Kémal fait abolir le Califat le 3 mars 1924. Depuis, le monde musulman n’a jamais retrouvé de direction spirituelle unique. Entre 1924 et le début des années 1930, Kémal réalise l’essentiel de son œuvre.
Cette nouvelle législation bouleverse profondément le quotidien des Turcs au risque de provoquer des traumatismes au sein d’une société encore largement rurale et influencée par les valeurs religieuses. Mais Kemal veut aller vite. Il ne souffre pas que son programme puisse être remis en cause. Les réformes sont donc menées tambour battant. L’influence du kémalisme a largement dépassé les frontières de la Turquie. Mustapha Kémal est devenu un modèle pour nombre de pays, notamment dans le monde colonisé. Mais son prestige fut également reconnu par le monde occidental qui voyait en lui une référence pour les pays de culture musulmane sommés de se moderniser. C’est à Istanbul, que Kemal meurt d’une cirrhose le 10 novembre 1938, à l’âge de 57 ans. Cas unique au monde, depuis 1938, tous les ans, le 10 novembre, à 9h05, date anniversaire de la mort de Mustapha Kemal, le temps est suspendu.
Les Turcs observent une minute de silence en mémoire du père de la Turquie moderne. Mustapha Kemal fut-il un visionnaire génial grâce auquel la Turquie rivalise avec nos canons de la modernité ? Ou fut-il un despote, certes éclairé, mais qui généra une culture politique autoritaire qui grève encore aujourd’hui l’achèvement de la démocratisation de la Turquie ? C’est dans la contradiction entre les méthodes de gouvernement, parfois expéditives, employées par Kemal, et les progrès souvent spectaculaires, enregistrés par la Turquie, que réside toute la complexité du kémalisme. Et qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Sujet tabou. Une loi de 1951 punit de 1 à 3 ans de prison quiconque s'en prendrait à la mémoire d’Atatürk. Pourquoi ? Sans doute parce que le kémalisme demeure le ciment d'une société divisée entre une classe urbaine occidentalisée et des secteurs de la population séduits par les sirènes de l’islamisme.
Parce que Mustapha Kemal eut l’audace d’entreprendre la modernisation d’une société emprunte de références religieuses, et ce à un degré encore inégalé dans le monde arabo-musulman. (*)
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