Avec la PS3, Sony part à la recherche de sa splendeur perdue
uatre mois après son lancement au Japon et aux Etats-Unis, et avec un an de retard par rapport au plan de lancement originel, la PlayStation 3 (PS3), la nouvelle console de jeux vidéo de Sony, débarque en Europe.En mars 2006, Sony avait annoncé que la mise au point de son lecteur de DVD au format Blu-Ray qui équipe la PS3 était plus difficile que prévu. Le groupe japonais avait alors pris la décision de repousser sa sortie. Pendant ce temps, Microsoft sortait sa nouvelle console (Xbox 360) et Nintendo la sienne (Wii).
A l'origine, le groupe japonais devait inonder le marché avec 4 millions de consoles fin décembre 2006 ; finalement il n'en a livré qu'1 million au Japon et 1 million aux Etats-Unis. Selon la direction, les ventes se sont respectivement élevées à 700 000 et 500 000 consoles. "Nous sommes toujours sur un objectif de 6 millions de consoles mises sur le marché d'ici fin mars", assure toutefois Georges Fornay, président de Sony Computer Entertainments France et vice-président Europe. D'un point de vue financier, le pari est osé. Sur son exercice 2006-2007 (clos fin mars), la branche jeux devrait accuser une perte de 2 milliards de dollars alors qu'elle était bénéficiaire en 2005-2006. Sur chaque PS3, Sony perdrait entre 250 et 300 euros. Et selon les analystes, il faudra des années avant que Sony n'empoche un euro grâce à elle. "La PS3 est faite pour être vendue cinq, sept, voire même huit ans", affirme M. Fornay.
Ces déboires illustrent d'une certaine manière la splendeur perdue du géant de l'électronique mondial. Depuis sa création en 1946, Sony a marqué chaque décennie par une invention révolutionnaire : dans les années 1950, le premier transistor ; dans les années 1960, la première télévision couleur à tube Trinitron qui offrait une meilleure qualité d'image ; au milieu des années 1970, le premier magnétoscope grand public ; et depuis trente ans se sont succédés le Walkman, le disque compact avec Philips et dans les années 1990, la PlayStation. Grâce au succès phénoménal de la PS2, Sony détient 68 % du marché des consoles de salon.
DIVERSIFICATION RATÉE
Mais, depuis, la machine s'est grippée. En novembre 2006, le ministre du commerce japonais, Akira Amari s'interrogeait même publiquement : "Qu'est-il arrivé à Sony ?". Dans la musique, Sony a totalement raté le virage de la musique numérique, laissant à Apple le champ libre avec son baladeur iPod. Sony reconnaît son échec et vient de lancer le NW-A808 capable de lire des vidéos des principaux formats et notamment le Mpeg-4, une nouvelle norme qui permet de compresser les programmes pour les diffuser via la Toile.
Sony paie aussi sa diversification. Les robots en offrent un exemple : son petit chien Aïbo n'a pas rencontré le succès escompté, le mini-disc a été un flop, et le livre numérique est un concept qui ne décolle toujours pas. Enfin, Sony n'a pas réussi à imposer sa politique visant à faire converger contenus et contenants menée par son ancien président Nobuyuki Idei : des matériels siglés Sony sur lesquels passeraient des disques Sony, des films Sony ou des jeux Sony...
A l'automne, le groupe a aussi dû gérer un problème de batteries défectueuses et rappeler près de 10 millions de batteries fabriquées pour des grands noms de l'informatique, contribuant à faire baisser de 94 % son bénéfice (1,7 milliard de yen, contre 28,5 milliards)
Enfin, le groupe a pris un pari risqué en défendant le format Blu-Ray pour lire des DVD haute définition face au HD-DVD supporté par Toshiba. Mais dans la mesure où chaque PS3 est aussi un lecteur Blu-Ray, Sony mise sur son succès pour imposer son format.
Toutefois, des progrès sont en cours. Grâce au succès des téléviseurs à écran plat LCD, de la marque Bravia notamment, des appareils photo numériques et du créneau divertissement, la branche électronique devrait mieux se porter sur l'ensemble de son exercice clos en mars 2007.
SOURCE : Ici