Documentaire (Histoire) : Ils ont filmé la guerre en couleur - L'enfer du Pacifique - 1h30

Publié le par Cristian

En 1941, à la différence des Européens, les Américains n’ont jamais vu la guerre de près. Ils sont loin des champs de bataille, de la faim, de la souffrance, de la mort. Roosevelt a l’intuition que pour mobiliser le pays, il doit lui faire connaître l’ampleur des sacrifices consentis par ses soldats. Les plus grands cinéastes de Holllywood sont enrôlés pour tourner ces images, les sonoriser, les commenter.

Le Pacifique, conflit le plus largement filmé en couleur, de la guerre, ne parle pas que du passé. Le 11 septembre 2001 a brusquement réveillé le souvenir de Pearl Harbour et de ce qui s’en est suivi. La guerre du Pacifique, c’est aussi le choc de deux cultures, de deux mondes dont les mentalités et les valeurs sont aux antipodes les unes des autres.

Les commentaires de René-Jean Bouyer

Pour le quatrième et dernier volet de cette série plébiscitée par le public, René-Jean Bouyer, auteur et réalisateur, nous ouvre les portes d’un Pacifique en couleur et nous le commente.

Les Marines

"Les Américains ont tourné beaucoup plus d’images en couleur dans le Pacifique qu’en Europe. Ce nouveau volet de la série, bénéficie par conséquent d’une matière encore plus riche que les précédents. Rien qu’en 1945, 5 000 heures de film, ont été tournées, par l’armée. Les images "amateur" de l’arrière, du "home front" comme on disait à l’époque, sont plus rares. Le Kodachrome réservé aux militaires, était contingenté pour les civils. Certains, se débrouillent tout de même pour filmer la vie quotidienne : les restrictions, le black-out, les femmes en usine ou en uniforme, Henry Ford, l’épave du Normandie, etc."

Chasseurs de l’aéronavale américaine


"A cette époque, les avions de chasse étaient équipés d’une cinémitrailleuse. Cette caméra tournait dès que le pilote déclenchait un tir. Elle permettait d’enregistrer et d’homologuer les éventuelles "victoires" du pilote lors d’un combat. Ces films étaient en couleur, il en existe des milliers et des milliers de bobines entassées dans les archives. Pas nécessairement passionnants, mais il faut visionner énormément de bobines pour espérer découvrir un document rare. C’est dans une cinémathèque de l’Amérique profonde, parmi des bizarreries compilées sous le titre Unusual occupations, que Polly, ma documentaliste américaine, a découvert des images sur les femmes pilotes au service de l’ US Air Force en 1944. La chose peut paraître commune aujourd’hui, mais il fallait un sacré courage à l’époque. Trente-huit de ces pilotes sont mortes lors d’accidents, car la sécurité aérienne n’avait rien à voir avec ce qu’elle est devenue. Ces documentaires sont minutieux à écrire et à construire : il faut rendre une identité à toutes ces images, beaucoup sont anonymes, décrypter quelques mots énigmatiques sur une boîte rouillée, leur trouver une place dans le récit et surtout vérifier sans cesse les dates. Les nouveaux modèles d’avion changeaient par exemple, tous les six ou huit mois, d’aspect. Les faire voler avant serait un anachronisme. Il faut aussi s’entourer d’excellents conseillers historiques."

Avant un débarquement dans le pacifique

"La majeure partie de ces films a été réalisée par, l’US Navy et les Marines. Pendant trois ans, ils ont progressé vers le Japon en s’emparant d’une île après l’autre. Les images des assauts à Tarawa, Saïpan, ou Iwo jima sont des documents exceptionnels, tant du point de vue de la qualité des images que de la couverture "journalistique". En revanche, l’armée de terre, les G.I’s. que commandait Mac Arthur, ceux qui ont repris la Nouvelle Guinée, les Philippines, n’ont pratiquement jamais tourné en couleur. Ces images manquent au récit mais elles n’existent pas... Malheureusement, lorsqu’on choisit de montrer la guerre en couleur, on ne peut pas toujours dérouler le fil de l’Histoire en continu."

Immersion d’un marin américain

"Avant 1943, les journaux avaient interdiction de montrer des morts américains. Roosevelt, prenant exemple sur Churchill qui avait promis "du sang, de la sueur et des larmes" aux Anglais, autorise la presse à publier des photos de cadavres dans le but de mobiliser les civils. Pourtant, dans le même temps, on recrute des conseillers en communication, ils filtrent les images tournées sur le front, ils retiennent celles qui sont trop brutales, c’est ce qu’ils appellent : "montrer une réalité restreinte". Dans ces films, on voit par exemple, des blessés, mais ils sont toujours immédiatement secourus, on ne montre jamais ceux qui agonisent entre les lignes ennemies."

Pearl Harbor 7 décembre 1941

"L’attaque surprise sur Pearl Harbor, n’ayant pas été filmée en couleur, la Navy a demandé à John Ford de la reconstituer. Le résultat sonne faux et le général Marshall, chef de l’Etat-major, décide de retirer ce film de la circulation (il n’a été visible qu’à partir de 1990). Roosevelt craint les réactions d’un public, qui, en 1941, sait parfaitement distinguer une image de cinéma d’une image de reportage. (Celles que nous avons utilisées proviennent des rushes, non montés, du film). D’autres grands cinéastes ont filmé la guerre, William Wyler, Raoul Walsh, Frank Capra. Dans le Pacifique, John Ford était le chef du service cinématographique de la Navy. Il a d’ailleurs perdu un œil en filmant la bataille de Midway.On a beaucoup dit que cette attaque surprise de Pearl Harbor avait des points communs avec le 11 septembre, c’est vrai, mais le rapprochement entre la guerre du Pacifique et celle d’Irak va plus loin. C’est le choc de deux cultures, de deux mondes dont les mentalités et les valeurs sont aux antipodes les unes des autres, de deux impérialismes aussi. D’un côté, la croyance dans la nation et l’empereur Dieu, le dédain de la mort, les kamikazes, de l’autre la foi dans la démocratie, l’individu, et la puissance nucléaire."

Marines sur une péniche de débarquement à Iwo-Jima

"Aux USA, la propagande était tout de même moins pesante que dans les pays totalitaires. Les films se contentaient d’inciter d’une manière plus ou moins subtile, à acheter des emprunts, à rejoindre telle ou telle arme, à soutenir l’effort de guerre par ses sacrifices. On joue avant tout sur la fibre patriotique. Les cinémas devaient diffuser 30 minutes de documentaire estampillé U.S. Army par jour et dans tous les films produits à l’époque, comme Guadalcanal, on retrouvait le bon gars du Middle West, celui de Brooklyn, toutes ces figures auxquelles un Américain pouvait s’identifier."

Civile japonaise recueillie par les soldats américains après la bataille - Okinawa


"L’armée japonaise était parvenue à convaincre les civils qu’il valait mieux se suicider que tomber aux mains des Américains. Des familles entières se sont jetées du haut des falaises à Saïpan. A Okinawa, un habitant sur cinq est mort. Je n’aime pas le mot d’autocensure, mais je n’aime pas non plus le voyeurisme. Par exemple, à Hiroshima, j’ai visionné des centaines de mètres insoutenables, en particulier des grands brûlés. Il était inutile de se complaire longuement dans ces images, une maman victime avec son bébé témoignent suffisamment de l’atrocité de ce moment apocalyptique.Il est tout aussi fort, de montrer les images de centaines de casques de morts empilés, que des cadavres ensanglantés. Notre sensibilité aux images est différente de celle de l’époque. On peut laisser une part d’imagination au spectateur, l’écho est toujours plus impressionnant que le bruit direct." Le 2 septembre 1945, Ministre des affaires étrangères japonais sur le Missouri. "Le 2 septembre 1945, en baie de Tokyo, sur le cuirassé Missouri, MacArthur parraine la cérémonie de reddition inconditionnelle de l’empire du Soleil Levant.Le ministre japonais des Affaires étrangères et le général Umezu signent l’acte officiel. Aux côtés de tous les généraux alliés, le général Leclerc signera à son tour. La France libre avait déclaré la guerre au Japon dès l’attaque de Pearl Harbor."

Soldats américains dans la jungle

"Souvent les photographes se prenaient en photo entre eux, c’est le cas ici. Ils se servaient en général de Speed Graphic, ces gros appareils carrés. Concernant les cameramen, ils utilisaient du film 16 mm Kodachrome, transféré plus tard, en 35 mm Technicolor pour diffusion en salles. Les images de l’Enfer du Pacifique sont à 80 % issues de rushes en 16 mm. Leur qualité est excellente. Mais quelque 20 % étaient en 35 mm et parfois leurs couleurs avaient viré, les bleus avaient disparu au profit du rouge. Nous les avons rééquilibrées à l’étalonnage, en revanche les rayures côté gélatine, sont irrattrapables. J’ai parfois été contraint de renoncer à une scène pour conserver une unité de qualité globale au montage. Exception faite pour ce blessé désarticulé à Tarawa, mais la force de cette image, même floue, était trop grande pour l’écarter. De toutes façons, dans ce genre de documentaire, l’intérêt du film ne se fonde qu’accessoirement sur la qualité de conservation des archives."

Japonais sur jonque

"Au lendemain d’Hiroshima, Staline a déclaré la guerre au Japon.Certaines images, comme celles de l’armée japonaise envahissant la Chine, ou Tokyo après la défaite, ont été récupérées en Russie." (*)

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Publié dans Doc. (Histoire)

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