Journal des travaux inutiles

Publié le par Cristian

Le chien fou du boulevard Reyers

defosse.jpgAdulé ou détesté, Jean-Claude Defossé a écrit quelques belles pages du journalisme «made in RTBF». Il y a 20 ans, le trublion déboulait avec ses «Grands Travaux Inutiles».

Tout a commencé un peu bêtement... Dans la torpeur de l'été 1986 (ah, la campagne mexicaine des Diables Rouges!), Jean-Claude Defossé tombe sur un article du quotidien flamand «De Morgen». Il y est question d'un curieux smeerpijp, un aqueduc de plusieurs dizaines de kilomètres devant rallier Genk à Anvers. Dont coût pour la collectivité? Sept milliards d'anciens francs belges.  Petit détail: le smeerpijp n'entrera jamais en service... Avec ce sujet, diffusé dans le cadre du JT, le journaliste de la RTBF enclenchait sans trop le savoir une série de reportages - «Les Grands Travaux Inutiles» - qui lui vaudront une énorme notoriété.

Le 15 octobre 1986, Jean-Claude Defossé mettait un terme très provisoire à ces «GTI» en réalisant, pour le compte de son frère Josy Dubié et «C'est à voir», un reportage baptisé «Les bâtisseurs d'ans pires». 

Vingt ans après sa diffusion, «Les bâtisseurs d'ans pires» ont pris quelques rides. Mais la méthode Defossé (forgée à l'école d'Henri Mordant), reste, elle, intacte. C'est-à-dire à la fois drôle dans la mise en scène et percutante sur le fond, même si certains continuent aujourd'hui à exprimer leur malaise face aux trucs et ficelles de celui qui, depuis novembre dernier, est à la manoeuvre du magazine «Questions à la une».

Inutiles... pour le moment!


Le reportage de 1986 vaut son pesant de milliards de francs belges tant les exemples de chantiers publics inutiles mis en lumière paraissent aujourd'hui presque irréels. On se délecte, en particulier, du face-à-face entre Jean-Claude Defossé et celui qui, à l'époque, tenait la bourse des Travaux publics (le ministre Louis Olivier). Ayant dans un premier temps refusé de recevoir le trublion de la RTBF (il traita M. Defossé d'amuseur public atteint de «scandalite aiguë»), le ministre Olivier accepta la confrontation. Avec un aveu ministériel qui fit gros effet: «Je ne conteste pas que certains travaux sont, pour le moment, inutiles.»

Pour la petite histoire, dès le lendemain de la diffusion des «Bâtisseurs d'ans pires», Jean-Claude Defossé se fit passer un savon par Robert Stéphane, administrateur général de la RTBF de l'époque, pour avoir ridiculisé un ministre... M. Defossé sortit alors une arme imparable: les preuves journalistiques de ses allégations à l'égard de la gabegie de l'Etat en matière de travaux publics. «Mon dossier était béton!», se délecte celui qui, à près de 65 ans, se dit «plus chien fou que jamais». Ça promet! (*)

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Publié dans Biblio-Media-Infos

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