


Berlin, 1945. L’Armée Rouge fait tomber les derniers bastions nazis dans le ruines de la capitale du Reich. De nombreux prisonniers sont capturés. Parmi eux, Heinz Linge,
majordome d’Adolf Hitler, et Otto Günsche, son aide de camp. Ces deux personnages ont vécu aux côtés d’Hitler depuis la fin des années 1930 et jusqu’à son
suicide en 1945. Pendant ces années, ils ont pu observer le Führer au quotidien, et ont appris à le connaître intimement.
Apprenant l’arrestation de ces deux hommes, Staline, qui a toujours été fasciné par Hitler, y voit une occasion de découvrir les secrets de son ennemi intime, de mieux comprendre
sa personnalité et les raisons qui l’ont amené à prendre ses décisions, tant sur le plan militaire que politique. le leader communiste ordonne alors au NKVD de soumettre
sans relâche ces deux prisonniers à un interrogatoire minutieux, exhaustif. En quatre ans, leur témoignage permet d’établir un rapport ultra-confidentiel, réalisé en un seul exemplaire à
l’attention personnelle de Staline.
Jean-Charles Deniau et Stéphane Khémis se sont intéressés à ce document historique resté rigoureusement secret jusqu’à la chute du communisme. Ils relatent, dans
un documentaire que s’apprête à diffuser France 3, cet interrogatoire en mélangeant images d’archives inédites, témoignages d’historiens et reconstitutions.(*)
La critique :
C'est l'histoire d'une fascination. Celle du tyran rouge, Joseph Staline, pour le chef des nazis, Adolf Hitler. Un document inédit et un documentaire unique. En 1949, dans le plus grand secret,
Staline ordonne au MVD (l'ex-NKVD), son service secret, d'interroger sans relâche deux intimes du Führer. De les cuisiner et de les faire parler pour percer les secrets de son pouvoir, de sa
psychologie, de sa sexualité et surtout de son suicide dans son bunker de Berlin, le 30 avril 1945. Une entreprise de renseignements dans les coulisses de l'histoire qui repose sur des intimes du
Führer tombés entre les mains des troupes soviétiques : son majordome, le dévoué Heinz Linge, et son aide de camp, l'immense et taiseux Otto Günsche. Des fidèles parmi les fidèles qui ont pu
observer Hitler au quotidien, depuis la fin des années 1930 jusqu'à sa mort...
L'interrogatoire est confié à Fiodor Karpovitch Parparov, lieutenant-colonel des Services secrets soviétiques d'origine juive qui maîtrise parfaitement l'allemand. Il agit sous le contrôle de
Beria, le terrifiant cerbère du stalinisme. Sa très délicate mission : rédiger un rapport ultraconfidentiel remis en un seul exemplaire au camarade Staline. Le dossier Hitler 462 A, récemment
exhumé des archives soviétiques. «Un document extraordinaire car il donne des détails sur l'importance que Staline accordait à Hitler», explique l'historien Edouard Husson.
Car Fiodor Parparov ne doit pas produire n'importe quel rapport : on attend de lui un examen à la loupe qui satisfasse, sans le froisser, la curiosité du maître du Kremlin, alors au faîte de sa
puissance. Parparov sait ce que le moindre faux pas peut coûter : il a connu le goulag dans les années 1930 avant d'être réhabilité et remarqué pour son rôle dans la négociation de la reddition
du maréchal allemand Friedrich von Paulus après la défaite de Stalingrad (2 février 1943). Parparov doit éviter les sujets qui fâchent : pas un mot sur l'alliance germano-soviétique de 1939 ou
sur les piètres capacités de stratège du commandant en chef de l'Armée rouge qui, plus d'une fois, envoya ses troupes au casse-pipe... Non, ce que le subtil Fiodor privilégie tout au long de ses
heures d'entretiens, ce sont les détails qui permettent de dresser un portrait intime du Führer et montrent ses désordres psychiques croissants. Comme s'il était entendu que ce qui passionnait
Staline, chez Hitler, c'était l'«ubris», la démence du pouvoir, la folie autodestructrice... «Mettre au jour son état mental et vérifier la disparition des derniers fascistes du bunker»,
précise la lettre de mission de Beria.
Alternant archives saisissantes - notamment les images de la vie quotidienne au Berghof, le nid d'aigle de Hitler dans les alpes bavaroises - et reconstitutions convaincantes des interrogatoires,
le film de Jean-Charles Deniau et Stéphane Khémis captive et fait frémir. A travers les confidences du majordome et de l'aide de camp sont rendus palpables la sanglante fuite en avant du
dictateur et son détachement de la réalité. «Il ne naît qu'un génie par siècle et c'est moi», lance Hitler à Linge. Mais comme l'a écrit Hegel, «il n'y a pas de génie pour son valet
de chambre». Et surtout pas Hitler... Despote muré et paranoïaque qui, au fond de son repaire, se fait projeter des films de danseuses parisiennes nues; qui, toujours mal à l'aise, exige une
température constante de 12 degrés là où il se trouve; dont la nervosité exige des soins constants : piqûres fortifiantes de son médecin et charlatan personnel, opium, cognac et schnaps jusqu'à
l'hébétude à la fin de sa vie. Comme un mystère, Eva Braun, sa fidèle compagne, prend la pause devant l'objectif. Avant de dépérir, victime d'une «relation à sens unique»... A partir de
1943, le déni de la réalité est monstrueux. Hitler s'enthousiasme pour les missiles V2 dont il pense qu'ils lui permettront de «faire des massacres». Mais il envoie promener la carte
d'état- major et s'emporte contre les généraux. Aidé de Goebbels, il censure lui-même les actualités cinématographiques et remplace les images de la débâcle de la Wehrmacht par les défilés
triomphants de 1941. L'aide de camp Günsche confirme que le Führer se préoccupe personnellement de la conception des chambres à gaz et des crématoires dont il décide sous ses yeux de
l'utilisation...
La fin, après le retour de Hitler dans Berlin assiégé, se déroule dans le bunker : Linge et Günsche confirment que Hitler a bien mis fin à ses jours d'un coup de revolver, qu'Eva Braun s'est
empoisonnée et que les deux corps ont été brûlés par leurs soins dans le jardin de la chancellerie, sous les bombardements alliés... Staline a dû apprécier. Mais il n'a inscrit aucun commentaire
en marge du dossier Hitler 462 A.
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